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Mise à jour :

04 décembre 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Forum des constructeurs

Ce forum utilise la messagerie pour permettre à chacun de poser ses questions ou proposer ses réponses. Ce n'est donc pas à proprement parler un groupe de discussion libre, puisque tout passe par nous (La Canoterie), mais cela nous permet de classer et d'apporter notre contribution.


Questions

Construction

1- Je recherche des informations sur la construction amateur de canoë bois-époxy (plans, budget, technique...)

2- Je cherche des plans de fabriquation de barques, kayaks et canoës en bois.

3- Je cherche à réaliser les sièges de mon canoë en babiche (lanières de cuir tranché de caribou, avec lequel on fait aussi les raquettes à neige), où en trouver et comment faire ?

Restauration

4- je souhaiterai étanchéifier un canoe entoilé (toile pourrie) avec de la résine epoxy, sachant qu'il existe un léger jour entre certaines lattes de bois (1/2 mm maxi). Dois je obligatoirement poser du tissu de verre ou seule la résine peut faire l'affaire ? Comment lui donner une teinte (rouge) comme sa couleur d'origine?

5- Les vernis marins: Quelle différence y a-t-il entre les vernis à l'huile et les vernis polyurethane ?

6- Je souhaite remettre en état un vieux canoë acajou, cela fait 50 ans qu'il est dans une garage à l'abri du froid et de l'humidité. Il est en très bon était général. Le vernis est un peu craqué. Le bois n'est pas boursouflé. Les parties cuivrées sont recouvertes de vert-de-gris. Je ne sais pas trop les outils dont j'ai besoin, et les matériau... papier de verre, vernis..

7- Je viens de récupérer un vieux canoë en acajou qui est resté dans un jardin pendant de nombreuses années. Son état me parait plutôt correct, pas de membrures ni de varangues cassées. La structure est saine, le bois au ponçage reprend sa couleur d'origine. Ce qui me pose problème ce sont les joints ouverts entre les lattes, le bateau n'est plus étanche. Il manque également quelques clous, la pièce d'étrave est félée. Ainsi dois je faire tremper le canoë pour que le bois regonfle?
Faut il le stratifier, dans ce cas quels matériaux? Enfin quelle est la manière la plus recommandée pour rénover ce canoë sans trop porter atteinte a son charme ?

8- Je possède un canot ancien (1920), à clins en bois (cela va de soi), et je voudrais savoir s’il est possible de le stratifier à l’extérieur pour une meilleure étanchéité et comme protection ?
Si cela est possible, que faut il comme matériels et matériaux ? Ou, vers quel professionnel me tourner ?

Réponses

Construction

1- Pour construire un canoë en bois ou simplement vous informer, La Canoterie propose depuis peu les plans de ses modèles accompagnés d'une notice, le tout pour une construction en petites lattes stratifiées, je vous conseille aussi quelques-uns des ouvrages que j'ai mis en bibliographie et que vous trouverez à la librairie Le Canotier:
En priorité pour la construction: l'ouvrage en anglais "Canoecraft", et le dossier en français "canoë chestnut prospector", disponible également au Chasse-Marée.

Pour ce qui est des fournitures, vous aurez dans ces références la liste indicative de la matière et de l'outillage requis, ainsi qu'une liste de fournisseurs (pour la référence en français). La Canoterie propose des fournitures à la demande: lattes de red cedar, structures en frêne, tissus, résine, vernis, en effet chaque bateau necessite des quantités de matériaux différentes. Vous trouverez si ce n'est déjà fait nos prix en page "kits et fournitures" pour une approche de budget. Il faut savoir aussi que les outillages, consommables et fournitures pour le moule (planches, contreplaqué...) sont loin d'être négligeables.

Nous pouvons vous renseigner tout au long de votre projet, cela fait partie des buts de l'association "La Canoterie". Il va de soi qu'il y a plusieurs fournisseurs en France et en Europe, nous pouvons aussi vous orienter vers ceux que nous connaissons qui seraient plus proches de chez vous.

2- Voici plusieurs pistes non exhaustives pour des plans de barques, kayaks, canoës:
- A La Canoterie nous diffusons les plans de nos canoës ainsi que certains modèles historiques avec une notice de construction détaillée (80 pages, couleur)
- La librairie Le Canotier, à Limoges, diffuse des livres de construction de canoës (canadiens et français) avec cotes suivant plusieurs techniques (bois latté, clins...) et des plans de canoës et kayaks (voir question 1).
- Le chasse-marée, le magasine incontournable des bateaux bois, diffuse des livres de construction de bateaux bois, mais plus les plans, qui sont maintenant disponibles auprès des architectes.
- L'architecte François VIVIER, bien connu de tous les amateurs de bateaux bois, diffuse maintenant à son compte ses fameux plans, des canots voile-aviron aux répliques de bateaux de travail traditionnels en passant par les petits yacht de plaisance ou day-boats
- L'architecte toulonnais Pierre Marie VOUGIER vends des plans de kayaks de mer et de barques: pmvougier@online.fr
- L'architecte anglais FISHER a aussi de nombreux plans de canoës, kayaks, et barques en tout genre : www.selway-fisher.com
- L'architecte néo-zélandais John WELSFORD a aussi de beaux plans de barques: www.jwboatdesigns.co.nz
- Enfin, ouvrez une revue "Loisirs Nautiques" à la fin, il y a toute une liste d'architectes qui disposent de plans pour la construction amateur (en général plaisance marine)

3- Vous voulez réaliser les sièges de votre canoë en babiche, Mr KAUTZ, constructeur amateur, a trouvé le site au Canada qui en fournit:http://fabersnowshoes.com (articles divers de la boutique)
Important: la largeur de babiche a commander pour un siège de canoë est de 3/8 pouce et non 3/16. Enfin une page de la Wood Canoë Heritage Association détaille la fabrication, en anglais:  http://www.wcha.org/wcj/wc_v19_n6/rawhide.html

Restauration

4- Vous avez un canoë entoilé dont la toile est pourrie, il faut la remplacer: en effet une résine époxy ou un vernis polyuréthane peuvent étancher le bois, mais pas la coque: la résine est cassante, elle serait incapable de supporter les jeux et micro mouvements entre les lattes. L'ancien entoilage, imbibé de vernis cellulosique et peint à la glycéro, formait une peau souple, résistante et parfaitement étanche. On peut reproduire cette même peau avec une couche de verre-époxy, qui présente l'avantage d'être bien plus performante: la peau est bien plus résistante, ne pourrira jamais, et colle à la coque! C'est de cette façon que son fabriqués aujourd'hui tous les canoës entoilés sur membrures, Les Roby comme les Old Town, et c'est aussi de cette façon que l'on restaure nombre de vieilles unités.
Le processus est le suivant:

-Retirer la quille centrale, le jonc d'étrave, les quilles d'échouage s'il y en a, les plats bords externes si c'est possible.
-Retirer l'ancienne toile (dans les zones où elle est collée: décapant chimique, décapeur thermique, en faisant bien attention de ne rien attaquer dessous, ou ponçage). Retirer à cette occasion un maximum des petits clous de fixation de la toile, qui doivent se trouver sous la quille, vers les étraves et les plats bords.
-Poncez soigneusement la coque (grain fin, 120 et plus) pour la rendre propre et lisse.
-Combler les fentes avec de l'enduit époxy épais, chargé de poussière de bois. Le but de cette opération est de rendre la coque étanche avant la stratification époxy, sinon il y aura des coulures de résine à l'intérieur lors de cette stratification. On peut aussi réaliser ce mastiquage de façon plus classique au mastic PU couleur bois, comme sur les tout-bois. Re-poncer et re-enduire jusqu'à l'obtention d'une surface lisse et étanche.
-Stratifier une couche de fibre de verre (sergé 165 à 200 g/m²) à la résine époxy spéciale bois: application au rouleau ou au pinceau, lissage à la spatule (squeegee)
- Lorsque la résine est "amoureuse" (le doigt ne fait plus "filer" la résine, mais les empreintes digitale marquent), passer une deuxième couche de résine (rouleau ou spalter), puis lorsque cette deuxième couche est amoureuse, une troisième.
- Une fois l'époxy bien dur, poncer pour lisser la surface (faire disparaître la trame du tissu), au grain fin (120 à 240), en prenant garde de ne pas attaquer le tissu.
-Passer une à deux couches de peinture marine, (polyuréthane ou autre) de la teinte rouge que vous souhaitez.
-Enfin, remonter les quilles, (centrale et d'échouage), plats-bords externes, que vous aurez au préalable poncées (propreté) et vernies.
-Pour l'intérieur, voyez ce qu'il y avait avant: si c'est du bois huilé (souvent pour les feuillus, comme l'acajou et le frêne), nettoyez à l'essence de térébenthine et imbibez à l'huile de lin. Si c'est du vernis (c'est le cas général, et c'est toujours le cas pour les bois résineux), vernissez après décapage et ponçage, mais pas trop: le vernis n'est jamais complètement étanche, et si de l'eau se glisse quelque part, et qu'elle est "coincée" sous le vernis, elle peut faire pourrir la coque! C'est pour çà qu'il vaut mieux si possible que le bois "respire" un peu par l'intérieur du bateau. Le vernis ou l'huile protègent des UVs, de l'oxydation et limitent les échanges d'eau et d'air, et donc la pourriture et le gonflement ou le séchage excessifs du bois.

5- Les vernis marins classiques sont à l'huile de lin ou à l'huile de bois de chine, et sèchent lentement sous l'effet de l'oxydation de l'huile (siccatifs). Ils restent souples longtemps et nourissent le bois. Les grandes marques comme International en proposent plusieurs, leur meilleur étant le schooner, très brillant et résistant aux UV mais épais, il doit être fortement dilué. Il y a aussi le même type de produit chez Plasticoque (vernis 1900), plus fluide. Chez Durieu (fabricant du rustol, du dilunett, etc...) le système est en deux produits D1+D2: une huile d'imprégnation puis un vernis de finition. Le vernis Le Tonkinois est un peu différent: à base d'huile également, il est dit "phénolique", mais on s'apercoit surtout à l'utilisation qu'il est très fluide et facile à passer, (pas la peine de diluer), et c'est probablement le plus résistant à l'abrasion comme à l'eau et aux UV, c'est l'équivalent des meilleurs vernis américains dits "spar varnish". Tous ces vernis séchant lentement, l'intervalle de surcouchage est de 1 à 2 jours, et il faut compter 4 à 9 couches. Les vernis PU monocomposants utilisent le polyuréthane pour durcir à l'aide de l'humidité de l'air ambiant et du bois. Il sèchent donc le bois en surface. Plus modernes, ils sont aussi brillants, durables et résistants au UV (bien qu'un peu moins qu'un bon vernis traditionnel), et plus faciles d'utilisation car ils sèchent un peu plus vite: on peut passer deux couches par jour, et il en faut 3 au minimum. International en propose un: le Goldspar. Par contre sur une longue durée ils risquent de devenir trop rigides et craqueler sur une coque souple. En construction bois traditionnelle, le PU n'est pas recommandé, le vernis marin à l'huile est bien le meilleur. Enfin le PU bicomposant, qu'on utilise sur les bateaux bois-époxy, est le plus dur et résistant aux UV de tous (c'est le vernis des carosseries automobiles), mais ne convient qu'aux constructions modernes et rigides, et surtout pas aux constructions traditionnelles souples.

6- Vous voulez remettre à neuf un vieux canoë acajou. Si aucune pièce de bois n'est pourrie ou fendue, quelle chance est la vôtre ! En effet l'acajou n'est pas imputrescible dans l'eau douce, et les bateaux très utilisés et mal entretenus ont pourri autour de la quille ou au bouchain (partie la plus arrondie de la coque). A l'inverse ceux qui sont restés dans un grenier et qui ont eu trop chaud ont fendu!

Si l'état général est bon, (vérifiez qu'aucune pièce de bois n'est mangée par les vers, qu'il n'y a pas de jour trop large entre les lattes...) il vous suffira de procéder à un décapage soigneux puis à tout revernir.

Pour garder la patine il faut éviter de décaper par ponçage, le grattage arrachera des fibres de bois et sera trop complexe à  l'intérieur, préférez le décapage chimique avec une brosse nylon et des rinçages copieux. Pour cette opération, deux familles de produits existent:
- La soude et les produits à base de soude, dont le fameux "dilunett", de chez DURIEU (la marque qui fait aussi le rustol, le textrol, etc...) que l'on trouve dans tous les magasins de bricolage, et qui est un des plus employés dans le nautisme. Le dilunett, ne décolle pas le vieux vernis mais se mêle aux couches de peinture ou de vernis, les épaissit et les rend solubles à l'eau, et il ne s'évapore pas. Après 1/4h à une heure il n'y a plus qu'à enlever le plus gros à la spatule et brosser en rinçant, çà mousse et tout part, en deux fois au maximum, et les cuivres sont aussi bien décapés au passage. Seul défaut: la soude ayant tendance à noircir le bois, et comme il peut rester du décapant dans les interstices, il faut ensuite neutraliser (net-trol, du même fabricant), ce qui redonne au bois sa teinte originelle (ainsi que dans les parties grisées) et encore rincer copieusement en brossant. Attention toutefois à l'eau: après un premier décapage, le bois n'est plus protégé et il boit l'eau sans retenue. Il risque alors de gonfler éxagérément, ce qui force sur les rivets et les membrures en comprimant les virures de bordé. Avant un deuxième décapage si il reste des traces, il vaut mieux laisser sécher une semaine, ou supprimer les dernières traces par grattage. Attention également, le vernis "tonkinois" est insensible à la soude. La soude attaque l'aluminium, et donc certains rivets et joncs ou autres ferrures: à bien examiner avant.
- La plupart des autres décapants du commerce, à base de produits très volatils (et à ne pas respirer !) comme le chlorure de méthylène décollent le vernis ou la peinture, et il faut ensuite enlever les couches décollées à la spatule, puis gratter si besoin. Il est donc plus difficile d'enlever le vernis entre les membrures, mais on peut utiliser de la paille de fer fine (grandes surfaces de bricolage) pour cela. Par contre ces décapants ne noircissent pas le bois, et les meilleurs viennent à bout du tonkinois (Decapex, le V33 n'est semble-t-il pas assez fort)

Votre bateau avait peut-être du mastic dans les joints entre les lattes: on utilisait beaucoup du mastic à l'huile de lin, genre mastic vitrié dilué. En général ce mastic est sec et fendu, il faut donc l'enlever. Vous pouvez le remplacer par le même genre de mastic couleur acajou, ou mieux du mastic polyuréthane d'étanchéité couleur bois, qui restera souple longtemps et constituera un excellent calfatage des joints un peu ouverts (sikaflex marine 291 dans les magasins d'accastillage ou Pro 11 FC dans les magasins de bricolage-matériaux). Le bois doit être bien propre et sec avant application. Attention: n'utilisez surtout pas de silicone, vous ne pourriez plus revernir.

Reste ensuite à revernir, après un ponçage très léger au papier fin (>240), avec un vernis marin traditionnel à l'huile (évitez le polyuréthane, ç'est un peu trop rigide à la longue pour ces constructions traditionnelles où le bois gonfle et se rétracte): 1ère couche très diluée, ou traitement fongicide, puis couches suivantes suivant le système utilisé (voir les notices: certains vernis doivent être très dilués, d'autres non). Encore une mise en garde: vernir un bois trop sec conduira à des problèmes lorsque le canoë sera à l'eau: le bois gonflant chassera le vernis des joints. Votre bateau ayant été abondamment humidifié lors du décapage, n'attendez pas plus de quelques semaines avant de vernir, ou humidifiez un peu et laissez sécher quelques jours.

7- Faut-il stratifier un canoë tout bois ? Si le bateau prend l'eau, il y a de multiples raisons possibles.

Bien sûr ces bateaux traditionnels doivent en principe être imbibé quelques heures pour que le bois gonfle et assure une bonne étanchéité, comme un tonneau. Cela dit, c'est un lieu commun pas toujours exact: un bateau en bon état, bien jointoyé et bien vernis ne prend pas l'eau, ou pas plus qu'un verre d'eau. Et trop de gonflement peut faire trop gonfler les virures (lattes longitudinales de la coque) et provoquer des cloques et des fissures, ou des décollements entre virures et membrures, forçant sur les rivets en arrachement et pouvant fissurer les membrures. Le vernis est là aussi pour limiter l'imprégnation d'eau et ces gonflements excessifs qui finissent par ouvrir les joints.

Si les joints entre virures sont desserrés au niveau des feuillures (joints à mi-bois entre virures), il faut les resserrer en re-rivetant les clous existants ou avec de nouveaux clous. Si c'est plutôt des joints ouverts par trop de rétractation du bois, on peut jointoyer (au delà de 0,5mm de largeur de joint, en dessous c'est inutile le vernis suffira) avec du mastic vitrier un peu assoupli à l'huile de lin, ou mieux avec du mastic PU marron (surtout pas de silicone), qui reste souple longtemps.

La stratification d'un tout bois est plutôt déconseillée, car la stratification externe ne suffit pas à bloquer la dilatation du bois, qui s'humidifie par l'intérieur ou au contraire sèche, suivant les conditions de stockage. Le bois, souvent un feuillu massif et épais (6-7mm) impose sa dilatation, il y a alors des décollements de strate qui se produisent au niveau des joints. Dans le cas d'un bateau anciennement entoilé, c'est différent car le bordé est deux fois plus fin (3mm) et tendre (résineux léger), une stratification peut effectivement bloquer les dilatations. Même chose, en pire, pour la simple imprégnation époxy, à moins d'en tartiner exagérément extérieurement et intérieurement, mais alors le bateau ne prends pas 5 mais 10 kg ! De plus l'application d'époxy est irréversible.

Ceci dit l'époxy se justifie dans des cas bien particuliers: si une pièce de bois est pourrie ou fendue, on peut l'imprégner ou respectivement la recoller à l'époxy (respectivement résine et colle). Un bateau complètement pourri peut aussi être "sauvé" par une stratification. Dans votre cas si la pièce d'étrave est fêlée et non cassée, un collage époxy peut lui faire du bien. Il est aussi souvent préférable de réparer à l'époxy (collage ou imprégnations) une étrave interne pourrie ou fendue, difficile à changer. Dans les cas où il faut laisser libre la dilatation du bois, on préfèrera le mastic colle PU Marron, le même que pour le jointoyage, moins résistant que l'époxy mais souple.

Pour conclure, une bonne restauration consiste en général a effectuer un décapage, réparer ou remplacer les pièces de bois cassées, jointoyer, puis revernir au vernis à l'huile, le résultat vaut les efforts consentis !

8- Est-il possible de stratifier un canot tout bois pour l'étancheité et la protection ? La question est fréquente, mais la solution est au cas par cas. En général, stratifier l'extérieur d'un canoë tout bois n'est pas avantageux: cela alourdit le bateau, et surtout le bois qui n'est pas entièrement étanchéifié (intérieur libre) continue à jouer. Or les virures d'un tout-bois sont épaisses (5 à 7 mm) et robustes (acajou, Pin d'Oregon), si elles veulent se dilater ou se rétracter, ce n'est pas une petite strate de 200 g ou moins qui les en empêchera, il y aura donc des décollements au niveau des joints entre virures. Dans le cas de l'acajou, la rétention d'eau peut même provoquer de la pourriture. Tout cela parce qu'il s'agit initialement d'un tout bois: dans les canoës entoilés (genre chestnut), le bois est beaucoup plus tendre (cèdre, red cedar) et moins épais pour la coque (3-4 mm), il restera donc plus facilement dans les dimensions imposées par la strate.

Il faut cependant nuancer tout cela: le bois peut être traité localement à l'époxy pour redonner de la cohésion à une pièce abîmée difficile à changer (ex étrave interne). D'autre part si le bateau est irrécupérable, parce que largement pourri, une stratification le sauvera effectivement de la benne et permettra de naviguer avec, de plus le bois pourri n'ayant plus sa cohésion, il sera bien imbibé et stabilisé par l'époxy, et ne se dilatera plus. Si le bois est encore globalement sain, il est plus que préférable de jointoyer (mastic vitrier ou mastic PU marron) les feuillures un peu trop ouvertes, bien traiter à l'huile ou au xylo, et vernir de plusieurs couches de vernis marin à l'huile, le résultat sera beau, durable et étanche pour quelques années.

NB: Le chauvière présenté dans la galerie du patrimoine a été stratifié à La Canoterie. Il ne s'agit pas d'une restauration hérétique mais d'une transformation, demandée par le client: en effet après décapage, et collage et rerivetage des virures cassées, fendues ou cloquées, une stratification externe a été réalisée. Ensuite, toutes les membrures ont été retirées, l'intérieur poncé, puis stratifié comme pour un canoë moderne en petites lattes stratifiées, la cohésion pendant ce travail étant réalisée par la strate externe. Il va de soit que les pontets et longerons avaient été retirés, puis qu'ils ont été remis en place après la stratification interne, avec des petits rectangles de bois de 5 mm écartant les plats bords de la coque (en remplacement des membrures). Ce travail est donc parfaitement cohérent avec ce qui est expliqué plus haut, car ici la coque devient vraiment une coque bois-époxy, un sandwich composite étanche, rigide et léger. Cela dit je ne conseille à personne de le faire, c'est un travail de fou (surtout l'enlèvement des membrures !) Pour la petite histoire, c'est comme cela que le procédé dit "petites lattes stratifiées" a été inventé dans les années 70 en amérique, des compétiteurs imaginatifs essayant de remplacer leurs membrures de canoës par une strate interne, l'extérieur étant déjà stratifié. Le résultat était plus léger et plus rigide !